Conversations spirites

Se battre pour son château – Texte spirite 33

Se battre pour son château – Texte spirite 33

Notre for intérieur est exigeant, déterminé, revendicatif et si cela a à voir avec quelques fonctions vitales de notre Être comme de notre âme, n’oublions pas que ces fondamentaux essentiels sont en liens étroits, directs et indirects avec notre liberté comme avec celle des autres d’ailleurs. Notre survie est à ce prix établie sur des lois dites d’équilibre non permissives à de quelconques négociations ou chantages, ce qui est et serait, face à l’éternité, chose ridicule. Pourtant, beaucoup de personnes meurent en tentant d’échafauder de tels processus… Symboliquement, ils renversent d’eux-mêmes leurs murailles défensives et abattent, fiers d’eux-mêmes, en un feu de Saint Elme, la tour sacrée qui, pourtant, en son sein, les abritent, les protègent.

L’existence nous apprend à réaliser que notre capacité à vivre le quotidien est fatalement associée à une capacité à mourir demain. Entre ces deux rendez-vous galants et quel que soit le haut ou le bas degré de la violence qui s’y associe parfois, nous tentons de survivre, de nouer des liens grossiers ou subtils avec tout ce qui pourrait prolonger la vie en attendant éventuellement de la légitimer, un jour, en autant d’exvotos expiatoires… Nous nous débattons d’instinct, nous restons calmes ou nous paniquons face aux dangers mais qu’est-ce que le danger sinon une dangereuse et noire anguille intrinsèque qui louvoie et se faufile durablement ou subrepticement en nous ; en attendant, vous comme moi, exigeons des éléments extérieurs tout ce qui pourrait renforcer, raffermir et adoucir les faiblesses que nous recelons, c’est normal, c’est humain d’appeler à l’aide mais attention, ce peut être là par conséquent et multiples conséquences à la clé, un aveu de faiblesse voire, mentalement, un début de renonciation…

Combattre est moins une idée qu’une nécessité impérieuse, réaliste, présente depuis toujours, nous devons en corps d’armée ou seul, vaincre ou bien périr ; notre conception arrêtée de nous-même est sans doute notre plus grand ennemi si nous sommes incapables d’en prévoir et d’accepter ses évolutions, mieux, d’en exiger des précises et aussi, parfois, avouons-le, d’en imaginer en parallèle, de ridicules. Manier l’intransigeance à l’endroit des dieux est donc une dangereuse cordelette tendue au-dessus d’un canyon vertigineux, les fous tentent la traversée vers l’inutilité, l’abstraction car l’outrance paie mal, on le sait tous, voilà en définitive, le suicide et l’oubli pour une piètre couronne. Ceux-là affirment n’avoir ni dieu, ni maître, ils ont raison à la margelle de leur puits seulement mais ne sont déjà plus et ne seront peut-être plus jamais… Quelqu’un a dit qu’il faut cent-cinquante années en moyenne, hormis le fait d’avoir laissé son nom dans l’Histoire, pour voir son passage sur terre effacé, oublié, la belle affaire me direz-vous sauf ego boursouflé…

Notre château à vivre possède des pièces de toutes dimensions, nous les visitons de jour en pleine conscience avec des filtres qui nous rassurent mais elles se révèlent, ces pièces, telles qu’elles sont réellement par l’introspection, le rêve conscient ou le rêve de nuit à la bougie pour les romantiques et il s’agit d’en tenir compte ; parfois, certaines fées, démons rabougris ou neutres habitants en guenilles, en parcourent les sols pavés usés, de leurs pas lourds et autoritaires. Tolérons-nous plus aisément ce que nous voyons ou ce que nous ne pouvons voir ? Il y a là, un début de soumission à quelque chose qui nous dépasse, nous ne savons plus vers qui retourner notre épée, ou vers qui brandir notre bouclier, nous sommes alors le brouillard, celui qu’on accuse de venir de nulle part, en somme, s’écrit la chronique d’une défaite annoncée et c’est à ce point précis qu’invoquer l’aide extérieur à notre château si fragile devient une nécessité absolue car oui, pas question de mourir pour pas grand-chose, pas question de céder un pouce de notre vitalité face à quelques forces obscures mal identifiées et aux desseins peu sympathiques… Se connaître est un tour de force permanent, ne pas s’écrouler un défi constant, promettre la lumière aux visiteurs, une haute exigence, nous le pouvons à la force de notre agilité mentale, à la force de notre spiritualité piochée dans quelques grimoires poussiéreux issus de nos souterrains poisseux, ceux qui témoignent d’autres ancêtres, d’autres temps, du jadis… Je décris là précisément nos imperfections ancrées en nous telles des scories dans nos spores… et toujours, ça gratte, ça démange !

Me direz-vous, les idées claires, cela se mérite, cela vient par l’hygiène de vie et l’autodiscipline, ça vient aussi de façon inattendue via des lueurs mystérieuses, c’est qu’il convient de se laisser faire si tête-à-tête avec les douceurs de l’existence, à tout ce qui rassure, la bienvenue, à tout ce qui se susurre en bien pour notre bien, entrez, asseyez-vous donc, prenez bonne assise près du feu, prenez vos aises, nous le savons au fond de nous-mêmes, résister, c’est irrémédiablement s’enfoncer encore plus dans la gangue ; voyez-vous de quoi, précisément, nous débattons ? Hum, peut-être, que les distinctions, les mérites et les protections sont en dehors de votre château, il n’y a que la rencontre d’autrui ou le vent dans les arbres qui pourront, sauront vous donner des pistes, si vous avez un cheval, si vous êtes à pied, prenez le temps de cueillir, de récolter toute fraîcheur aux abords de votre château, ce qui vous serait favorable est éphémère, nous avons tout ce dont nous avons besoin ou presque sur notre chemin de vie et il est même permis, hors poisons, de ramener dans notre château quelques bénéfices hasardeux, des promesses étranges, des poésies magiques, des airs entendus qui se renouvelleront tout doux à nos oreilles, nos autres sens aussi, dans la vie, nous avons besoin de complices sympathiques, seule manière de garnir les créneaux de nos tours, de protéger nos lourdes portes, celles qui font le solide seuil. Savoir se défendre pour vivre exige de savoir… savoir.

Être demande en conclusion un jugement clair de soi, des autres, de ce qui nous entoure car, nous sommes perdus d’avance, on le sait tous mais on a le droit de penser que nous vivrons toujours à condition d’y mettre du nôtre ; comprendre d’une autre vie, c’est de l’espérance qui flirte avec l’abstrait voire le puéril mais si les Peintres pour ne parler que d’eux, des plus fameux, ont su immortaliser cela, nous resterons dans le tableau, nous serons si nous ne le sommes pas déjà : le tableau, autant dire une œuvre divine ! Et nous regarderons passer les visiteurs admirant la toile et les curieux tentant, dubitatifs, de nous dévisager profond en tentant de comprendre notre histoire ; pourquoi ne pas leur dire : « Voyez-vous mon château là au fond ? Il n’y a que l’embrasement qui pouvait l’agiter, j’y ai aux abords, combattu des loups, parfois à mains nues, j’y ai enfanté avec mes maigres moyens ; demain, le pont-levis sera encore baissé, repassez donc, vous et moi, de près comme de loin, nous avons tout pour devenir amis… Je vous en dirai plus en confidences resserrées sur mes guerres, l’oiseau noir et sur l’art de l’Amour comme de la paix ! ».

A toi qui lis ceci, jusqu’ici sans te lasser, l’Humanité est une somme de minuscules inhumanités, pas trop le choix, il faut les subir, se contenter des pans de noirceurs pour entrevoir le ciel, privilège, c’est certain. L’Amour et les bons mariages sont quelque part par-là, dans quelques entrelacs lumineux, que la royauté céleste en témoigne et nous mettrons à jamais, nus et dépossédés, nos pas dans les siens. Suivre les Anges n’est pas dit autrement dans tout ce qui compte sur terre comme dans les cieux, pour Vérités.

J’avais un château, une épée et une armure, j’avais foi à le défendre, j’avais à l’animer, seulement, les roses et les ronces désormais s’y côtoient mais je reste fidèle à ma devise, à mes armoiries, autant le dire à la jeunesse balbutiante, sans amour de soi pour les autres, pas la peine de songer à y vivre ; combattre ou être vaincu, il faut du courage ! Je fais toutefois tonner les canons de ma forteresse, juste pour signifier à la ronde ma force, ma gloire et aussi, un peu de ma futilité… J’existe sans exister, on m’entend encore, l’écho en témoigne…

De façon testamentaire et c’est votre héritage, le plus clair de mon temps fut ! Comme un vieux roi, je dois avoir 9500 ans, n’en soyez pas étonné, la force de l’âge va au-delà de la raison… Il n’y a pas âme qui ne vive pour elle-même, les rois s’en contentent, s’en persuadent en affirmant le contraire, les princes, eux, en rient et la reine, ses filles et les courtisanes brodent à n’en plus finir sur ces peccadilles, seule manière de laisser filer le temps…

Si tu ne luttes pas contre l’ombre qui vit dans ta lumière, sois le grain de sable, c’est pareil, il est toi, sachez-le, je tutoie pour mieux vous vouvoyer, en l’espèce, tout vient de là, de mon coffre et tu possèdes le même…  car toi aussi, tu possèdes un château, les devoirs de souverain et l’indispensable liberté… Il ne faut pas non, n’y vivre que dans ses obscurs tunnels.

Ne sois donc pas idiot, bats-toi pour lui, enchante ta Demeure, offre ta généreuse hospitalité car tout viendra de là… le pire comme le meilleur. Prions pour ce dernier point de fortune !

 

Yann d’Auxi Médium Spirite 

Copyright – Catherine d’Auxi (droits réservés)

1 Comment

1 Comment

  1. Carole

    13 novembre 2018 at 11 h 29 min

    Merci Yann, quel texte profond et remobilisateur ! Carole.

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