Spiritisme

Joker Fou Bouffon

Joker Fou Bouffon

Le Bouffon, ce Fou, le Joker, ce génie… et vous ! 

Un peu d’histoire, c’est au XIème siècle que des « fous du roi » appelés « fous à gage(s) » étaient présents dans les royaumes, les châteaux, les Cours… Monstres physiques, véritables aliénés au tout début puis ensuite comédiens plus qu’adroits simulant la folie, ils couvraient, non sans risque, leurs activités délurées sous le sceau léger de la pitrerie comme d’une raison extérieure, inatteignable.

Puis, peu à peu, cette représentation sociale et décalée par un sens peu ordinaire à voir la vie sous un angle échappant au commun comme au roi, à ses conseillers et consorts, le bouffon éclairait son auditoire d’une saillance verbale accompagnée de mimiques loufoques face aux yeux des tout-puissants. Au temps de Philippe V (XIIIème siècle), le Bouffon était employé exclusivement au service du roi donc relativement protégé si ce n’est encadré. Mais gare à l’humeur de l’employeur…

Puis, la fonction officielle s’est professionnalisée, d’abord en Angleterre puis en France au XIVème siècle avec la création, il faut y croire, d’une école de Bouffons. 

Shakespeare aurait déclaré à leur propos : « C’est un métier aussi ardu que l’état de Sage car la folie dont il est question chez eux est toujours ingénieuse et relativement mesurée ».

le bouffon ce fou le joker

Pendant ignominieux du Roi lui-même, le Fou, le Bouffon, était accoutré d’habits ridicules avec grelots tintinnabulants sans cohésion agréable, il était aussi muni d’un sceptre dont il s’affublait royalement. Chargé de divertir le roi, la Cour, par sa vue décalée sur les choses sérieuses ou non, il était employé à maintenir un équilibre entre la raison et des travers parfois déjà atteints, parfois évoqués en diverses déconvenues possibles.

Il faisait le lien via la moquerie, le sarcasme, entre les bons mots du peuple et les ambiances comme les rhétoriques parfois trop engoncées des puissants. Il dérangeait mais il dérangeait utile, il participait à un certain équilibre d’entreprise. Vous l’aurez remarqué, aujourd’hui, dans toute grande, moyenne ou petite Société voire la famille ou groupe d’amis, quelqu’un se charge naturellement de ce rôle, non sans talent… mais produisant assurément au fil du temps des agacements certains, si ce n’est de la grogne ou de la rogne tenace.

Le rôle de Bouffon s’atténuera largement avec le temps, les siècles, son apogée étant certainement atteinte sous Louis XIV avec un amoindrissement à la Cour de la fonction devenue plus politiquement correcte, dirions-nous aujourd’hui. En effet, pour railler, moquer, déstabiliser gratuitement et méchamment, tout le monde s’exercera à la satire, le bon mot recherché, ficelé et livré au meilleur moment était alors d’usage, c’était exister et être retenu en bonne mémoire, politiquement, affairement aussi. La cascade du verbiage pouvait vite virer au cauchemar, voir les Précieuses Ridicules (Molière).

Symbolisant quelque part la complexité, en plus de la vue et de l’opinion du bas-peuple (l’opinion publique), le Bouffon pouvait attirer l’attention à n’importe quel moment sur une colère divine possible et propice à bien des malheurs.

Sous une apparence incongrue, il laissait à penser qu’il était en connexion avec une raison cachée, mystérieuse, à la lisière de la folie mais la profondeur de ses déclarations laissait deviner qu’une certaine vérité s’y cachait, même enveloppée d’illogisme ou d’irrationalité.

Quelque part, le Bouffon, le Joker, pouvait parvenir à vous faire croire qu’il connaissait les tenants et les aboutissants de vos choix à venir…  Cette étrangeté de donner un tour proverbial à tout et n’importe quoi pouvait fasciner, révulser, agacer mais, paroles sentencieusement dites, le libre-arbitre du recevant pouvait être conforté, chahuté ou pris d’effroi. Le langage fleuri, le trait verbal de génie, quiconque n’y prenait pas garde pouvait par la suite s’en mordre les doigts.

L’existence et son imprévisibilité, l’espoir et les sorts cruels, sont toujours ponctués d’effets annonciateurs pas seulement dans les nuages ou les entrailles d’une bête sacrifiée. Non, le fou pouvait après tout avoir un accès privilégié mais interdit aux gens doués de raison.

Le Joker lui, et j’y vois un parallèle intéressant, est une obsédante idée de la résurrection très liée au narcissisme. Il est prudent d’investir sur la sagesse. Le Joker se présente à nous comme la flèche de Dieu, de Zeus, qu’il dirige où bon lui semble. Tenir un Joker en main c’est symboliquement avoir la permission de renverser avec une énergie foudroyante ce qui risquait à l’origine, de nous détruire.

Avouons-le, c’est hautement miser sur l’improbabilité, c’est vouloir se hisser plus haut que les dieux eux-mêmes, c’est être narquois dans le geste mais tellement imprécis sur les retombées potentiellement catastrophiques. Certes, pour encourager les hommes à céder à leurs pulsions, le Joker s’impose à nous comme solution parfois géniale mais même ce dernier mot ne manque pas de soufre lorsqu’on sait que le Génie peut satisfaire comme ridiculiser.

Le Bouffon amuse et s’amuse, le Joker s’invite ou s’éclipse, le Génie n’en fait qu’à sa tête, nous avons là, une triade de logiques impossibles à maîtriser,. Or, si l’existence est un pari, une entreprise hasardeuse, pour quelle raison devons-nous, de nous-mêmes, nous mettre en danger  ou nous y soustraire? La réussite comme l’échec sont des affaires immatérielles mais nous tentons de leur donner une certaine âme donc de maîtriser totalement  l’esprit d’entreprise que nous leurs associons l’un à l’autre ainsi qu’aux espoirs et c’est là, que le bât blesse, nous sommes  en retour incapables d’humilité et de renoncement, nous voulons toujours nous hisser plus haut, nous refaire, nous sublimer… De quoi faire en cas d’échec, de parfaits nouveaux Bouffons.

Pour ceux qui auront eu la grâce d’un mot, d’un acte ou d’un acquis, tout sera alors merveilleux mais, trottera en arrière-fond cette idée lancinante qu’un tribut quelque part sera, tôt ou tard, à payer. C’est un peu l’histoire du contrat de Faust, le remboursement fallacieux d’un bienfait reçu.

Se moquer des Bouffons, des Jokers ou des génies ? Finalement, l’image ridicule et décontenancée qu’ils nous renvoient ne sera jamais autre chose que la nôtre mais il nous faut toujours un peu de temps pour nous en apercevoir.

Certains ont, le croient-ils, trouvé une sorte de parade mais qui n’exclue en rien la désopilance extérieure, l’autodérision. Petit remède portatif contre le mauvais sort mais l’ironie d’où qu’elle vienne et où qu’elle aille, finalement nous rattrape toujours de mille et une façons et assurément lorsque nous nous y attendons le moins. En séance spirite, un Esprit familial contacté de me dire à propos de l’ironie,… « qu’elle est en général le marchepied de la méchanceté »… Ce qui est vrai donc, à manier avec beaucoup de précautions.

On ne peut bâtir quelque chose sur la seule ironie, sur la seule accointance d’esprit avec quelques démiurges que ce soit et où qu’ils puissent loger, on ne peut bâtir des équilibres qu’en se regardant faire et pour se voir tels que nous sommes, beaux, laids, hideux. Il faut du courage et un accent prononcé pour la vérité. Le reste n’est qu’affaire de paroles, celles que nous disons, celles que nous entendons, celles que nous espérons, alors là, oui, tout s’immisce par ces portes dérobées, le doute, la peur, la folie, le risque et la volonté même de tuer le mauvais  et le mauvais n’est pas toujours l’autre car c’est souvent simplement une partie de soi-même.

A vouloir s’acharner, on s’attire quelques foudres, flèches, piques et tout recommence, sans jamais de fin. L’imparfait, nous, plutôt que les autres. Sagesse, sagesse… diront certains, les Anges passent, inutile de les tracasser, il suffit peut-être d’en incarner un pour se sauver mais, n’est-ce pas déjà, là, se prendre pour un Bouffon ?

J’ai la pensée vagabonde qui m’inspire ceci :

« A la vérité, mille dieux nous conseillent, mille autres tentent de nous perdre… Au milieu, une forte folie trouve mariage avec la raison aussitôt pervertie en un langage de mystères d’antichambres. »

Précisément, vous y êtes aussi… mais, de vous l’avoir dit, dois-je m’en excuser ?

Yann d’Auxi Médium Spirite

© Catherine d’Auxi – Droits réservés (copyright)

5 Comments

5 Comments

  1. yann

    13 mars 2014 at 15 h 48 min

    @Amaranthe > Ils symbolisent nos propres travers ainsi que leurs capacités à se mettre inopinément en un mouvement de risque-tout. Normal de craindre cela car, c’est non-sécurisant en principe de vie comme de survie.

    @Aurore, mon travail n’est pas qu’historique, il inclut subrepticement quelques extraits spirites en relations étroites avec la Gnose.

    Bien à vous chères lectrices.

    • Aurore

      14 mars 2014 at 13 h 02 min

      La Gnose replacée ici dans un contexte historique. Une petite distorsion temporelle et elle se rapproche de nous…

  2. Amaranthe

    13 mars 2014 at 13 h 30 min

    Merci Yann, article très complet et passionnant comme toujours 🙂 Pour ma part, l'image du bouffon, du clown, ou joker m'a toujours mise mal à l'aise.

  3. Yann

    13 mars 2014 at 12 h 29 min

    Le Dictionnaire (CNRTL) mentionne bien la bouffonne ! Perse reconnaissait dans Eglé qui est une Hespéride (Nymphe du couchant chargée avec Erythie et Hespéride de veiller sur le verger fabuleux…) sa capacité à se barbouiller avec des mûres.
    (Hugo > La Légende des siècles, des idylles).

    Selon certaines traditions, elle est la mère des Charites qu’elle aurait eues avec Hélios, le Soleil.

  4. Aurore

    13 mars 2014 at 10 h 07 min

    Texte très intéressant d’un point de vue historique.
    Quant à la bouffonne qui sommeille en moi, je vais lui laisser faire son oeuvre…

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